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Tuée à Persac entre 1920 et 1922, la louve de l’écomusée du Montmorillonnais a livré son ADN mitochondrial. Remontée vers l’origine des loups du Poitou.

Article publié le 17/08/2019 dans Centre Presse.

Gueule ouverte et babines retroussées, la louve de l’écomusée de Juillé impressionne dans la cage de verre qui la protège. Elle témoigne de l’époque pas si lointaine où les brandes inhospitalières du Montmorillonnais étaient habitées par les loups. Cette partie de la Vienne est un des derniers territoires où ils ont été chassés, au début du XX siècle, période de leur éradication totale en France.

La louve de Juillé a pour sa part été tuée à Persac, au début des années 1920. Naturalisée, elle appartenait à la famille Pourel qui en a fait don à l’écomusée du Montmorillonnais. Le premier souci du musée a été de la confier à un taxidermiste pour la préserver.
Bien lui en a pris. Pièce précieuse de la collection du musée, la louve pourrait en effet parler. Son ADN mitochondrial a été prélevé dans le cadre d’une étude conduite par Annick Schnitzler, d’un laboratoire CNRS de l’université de Lorraine, qui travaille sur l’origine des loups ayant vécu en France pendant des siècles jusqu’à leur éradication totale, voici une centaine d’années.
Or l’ADN de la louve de Juillé s’est révélé exploitable. « Sur 70 échantillons, seuls 35 ont parlé », expliquent Monique Gesan et Gilbert Wolf, co-présidents de l’écomusée. Ils attendent désormais le résultat des analyses qui ont été confiées au laboratoire de Liverpool. Espérés pour septembre, ils devraient contribuer à éclairer l’histoire des meutes de loups en France et, notamment, de celles du Poitou.

 » Dommage d’avoir éradiqué cette espèce « 

« Le génome de nos loups du centre-ouest s’est maintenu pendant 10.000 ans. Il est dommage d’avoir éradiqué cette espèce », souligne Monique Gesan. Fondatrice de l’écomusée du Montmorillonnais, cette ancienne prof de sciences naturelles passionnée par l’histoire locale, en a pisté les nombreuses traces. « Son éradication systématique, explique-t-elle. Elle a commencé en 1840, avec l’arrivée de la charrue Dombasle qui permettait de travailler les sols ingrats du Montmorillonnais et de défricher les terres de brandes. »
Époque des grandes chasses au loup. Les plus fameuses restent celles du vicomte Émile de la Bège, à Persac. On lui doit la race de chiens poitevins réputés pour leur endurance et leur robustesse, indispensables pour des traques qui pouvaient durer plusieurs jours et s’étendre sur des dizaines de kilomètres. Les chasses au loup du Poitou sont alors devenues si célèbres qu’un lord anglais, le duc de Beaufort, est venu en train à Poitiers avec sa meute pour s’y exercer. Échec cuisant: ses chiens n’étant pas créancés sur le loup, ils se révélèrent incapables de suivre sa voie.

 » Ça a marqué l’histoire locale  »

Le vicomte de la Bège eut pour digne successeur Julien Bost-Lamondie, maître du dernier équipage à chasser exclusivement le loup en Poitou au début du XX siècle. Mais l’histoire ne dit pas si la louve de Juillé est l’une de ses prises.
L’écomusée du Montmorillonnais possédait également une lanterne à loup. « On se l’est fait voler », regrettent Monique Gesan et Gilbert Wolf.
Cette pièce était un précieux et rare témoignage des outils développés dans nos campagnes pour se protéger d’un prédateur aux sources de grandes peurs: « Une lanterne à loup était un cylindre surmonté d’un cône et percé de ronds et de rectangles. La lumière scintillait et faisait peur aux loups », explique Monique Gesan. Elle montre une fourche à deux dents qui fait partie de sa collection personnelle: un instrument dont les paysans s’équipaient avant de s’engager la nuit sur les chemins. Elle évoque aussi l’adaptation des bergeries dont les fenêtres étaient remplacées par des meurtrières pour empêcher les loups d’y pénétrer: « Il en existe encore. Ça a marqué l’histoire locale. »

En 14 ans, 743 loups tués à Montmorillon

Nombre de toponymes en témoignent. On ne compte plus les Chanteloup et autres Jappeloup, du pays Gencéen au pays Montmorillonnais. Jouhet a sa Louperie, Saulgé et le Vigeant leur Fosse aux loups, Millac son Écorche Loup…
La ferme de Juillé propose toujours des animations sur ce thème. L’occasion de rappeler que le loup était si présent dans ce coin du Poitou, au XVIII siècle, qu’il en a été tué plus de 5.200, entre 1770 et 1784. « Dont 743 à Montmorillon! »
Les responsables de l’écomusée sont en contact avec plusieurs de ceux qui, en France se passionnent pour ce sujet, comme Fabien Bruggman, cinéaste jurassien qui travaille sur le loup des Abruzzes ou l’universitaire niçoise Annie Lalo, qui planche sur les problématiques liées à la présence du loup des Abruzzes à Sisteron.
Mais si les loups peuvent s’en prendre aux brebis, « ils n’ont jamais attaqué l’homme », insiste Monique Gesan. « Sauf s’ils étaient enragés. » Mais c’est une autre histoire.

Alain Defaye

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